L’ÉCOLE DES
ACTES : PRÉSENTATION ET ORIGINES

Présentation

L’École des Actes est un lieu culturel et militant, une micro-institution expérimentale qui a ouvert ses portes dans le quartier de Fort d’Aubervilliers début 2017 à l’initiative du Théâtre de la Commune. Elle contribue a inscrire le théâtre dans le tempo de la ville, a réfléchir aux liens entre la population qui y vit et l’art qui s’invente. Elle est un lieu de rencontre entre des jeunesses qui ne se rencontrent pas ou trop peu : celle des quartiers populaires, celle des immigrants cherchant de nouveaux lieux ou vivre, celle des artistes et intellectuels – ces groupes étant évidemment non exclusifs les uns des autres.
Ces rencontres s’articulent dans le travail sur les langues (français, mais aussi soninké, bambara, peul, arabe, bengali, etc.), la philosophie et le droit, la pratique et la production artistique ; lors d’« Assemblées » qui ont inventé une méthode d’investigation construite sur la longue discussion à partir de l’expérience des participants, ouvrant à des hypothèses nouvelles sur des questions brulantes de la vie collective ici, et du monde.

Origines

De 2014 à 2016, à l’initiative du Théâtre de La Commune et de sa directrice Marie-José Malis, les « brigades » – un groupe hétérogène d’intellectuels, d’artistes, d’étudiants, d’habitants d’Aubervilliers, 80 personnes au départ – se rassemble autour d’une question : qu’est-ce que devrait être aujourd’hui un théâtre public comme un Centre Dramatique National ? Et quelle forme d’art devrait y être produite ? La réflexion se fait dans un premier temps à partir des domaines suivants : l’architecture (le théâtre comme lieu), la formation et la production (le théâtre comme compétence). Puis, une nécessité commune est nommée : l’art comme lieu de délibération populaire.
Au gré de leurs rendez-vous, les brigades réfléchissent à l’art comme espace de croisement et de rencontre, à la manière de réinstituer un lieu d’art et de culture comme espace de construction d’une capacité populaire nouvelle. Pour être le plus juste possible, il est apparu que l’art devait se mettre a « l’école de la vie des gens » ; que l’art, pour se renouveler, devait apprendre de la vie de celles et ceux qui composent la population multiple d’Aubervilliers et se détacher de la pensée actuelle, selon laquelle ce sont les gens qui doivent apprendre de l’art tel qu’il est.

Des enquêtes préalables avaient été faites par des membres des brigades. De ces déclarations a pu naître l’idée qu’il convenait de penser une nouvelle école. Une école où les jeunesses peuvent penser l’époque ensemble, où les désirs les plus hauts peuvent être entendus. Une école où les jeunesses privilégiées, des quartiers populaires et migrantes peuvent se rencontrer et trouver de nouvelles formes de vie ensemble.

LES ATELIERS : LANGUES, DROIT, PRATIQUES ARTISTIQUES ET PHILOSOPHIE

La fin de l’année 2016 a été une période de préfiguration de l’École des Actes, lors de laquelle chacun a essayé d’exprimer ce qui manquait, quels désirs chacun portait pour répondre à ces manques, quels étaient les désirs des premiers participants de cette École.

Le travail sur les langues

Un grand désir d’apprendre la langue française s’est formulé, à partir de besoins et de connaissances extrêmement divers. Délibérément, le travail du français ne se constitue pas avec des méthodes de pédagogie déjà existantes. Les groupes se sont organisés de la manière suivante : groupe des « Lecteurs » (ceux qui savent déjà bien déchiffrer, et veulent mieux comprendre ce qu’ils lisent), groupe des « Écrivains » (ceux qui veulent mieux écrire pour formuler leurs pensées), groupe des « Mains trop rapides » (ceux qui souhaitent apprendre à organiser leur écriture dans l’espace), groupe des
« Débrouillards » (ceux qui jusqu’à présent se sont débrouillés avec les mots, sans jamais avoir appris à l’école), groupe des « Minuscules » (ceux qui veulent apprendre à écrire en lettres minuscules ou « attachées »).

La permanence et le droit 

Les « permanences » de l’École des Actes permettent aux participants d’aborder une question dans le détail, lors d’un rendez-vous en tête-à-tête. L’objectif de ces permanences n’est pas uniquement d’apporter une aide juridique et sociale à nos participants qui la sollicitent, mais bien de pouvoir comprendre les questions et problèmes auxquels ils sont confrontés, afin de pouvoir proposer de nouvelles idées.
En parallèle des permanences et rendez-vous individuels, l’atelier n’a pas prioritairement pour objet de résoudre les situations urgentes des participants, mais d’ouvrir une nouvelle orientation pour le travail juridique.

Pratiques artistiques et philosophie

Comme les autres ateliers, les pratiques artistiques sont initiées par les participants et répondent à des désirs ou besoins formulés.

La pratique du théâtre est sur un régime particulier : en lien avec Théâtre de la Commune, structure fondatrice de l’École des Actes, elle est proposée aux participants dans un lieu hors de l’École, toute l’année. C’est le Laboratoire pour des acteurs nouveaux, créé en novembre 2018. Le Laboratoire est une permanence d’ateliers de théâtre (gratuits) ouverte quatre soirs par semaine, du lundi au jeudi de 18h à 21h à la Salle des 4 Chemins. Là se rencontrent des gens d’horizons et de parcours très différents, qui apprennent les uns des autres par la pratique du théâtre. Il est mené par les artistes associés à La Commune et d’autres qui lui sont proches. Ce Laboratoire est étroitement lié à l’École des Actes, et se veut un lieu ouvert et hospitalier à toutes les jeunesses présentes sur le territoire.

D’autres ateliers de pratique artistique se sont constitués en parallèle : un des participants a initié un groupe de danse coupé-décalée, qui rassemble depuis 2017 connaisseurs et novices de cette danse urbaine ivoirienne apparue dans les années 2000. Un atelier de musique permet l’apprentissage du solfège (une autre entrée dans le langage écrit), ainsi que de l’improvisation vocale et rythmique. Un ciné-club est ouvert aux enfants tous les mercredis après-midi : les intervenants leur proposent de « lire » les images, exercice peu pratiqué à l’époque des écrans. La pratique du dessin est adressée aux enfants comme aux adultes, pour qui l’emploi du support papier peut-être contrarié si l’on n’a pas été scolarisé enfant.

Enfin un atelier de philosophie commence en avril 2018, à l’initiative de deux participants.

AU COEUR DU PROJET DE
L’ÉCOLE : LES ASSEMBLÉES

L’Assemblée est le travail fondamental de l’École des Actes. Sa raison d’être est d’abord de constituer une connaissance directe des situations, non pas au travers de savoirs déjà existants mais à partir de l’expérience et de la parole des participants. Elle est ensuite de travailler à identifier ce qui manque. Le travail, l’Histoire, le droit, le théâtre public et l’art en général sont les questions principales soulevées lors des Assemblées.

Des Assemblées réunissant les participants ont lieu deux fois par semaine à l’École des Actes, les mercredis, jeudis et vendredis soirs, articulées aux cours et ateliers. Une fois constituées des idées fortes et justes, l’École propose de les discuter hors-les-murs dans des Assemblées publiques accueillies par des centres d’art et musées parisiens (le Palais de Tokyo, le Centre Pompidou, le Musée national de l’histoire de l’immigration) ou par la Salle des 4 Chemins d’Aubervilliers.

Chacune des Assemblées commence par une introduction, proposant une méthode de discussion autour d’une question posée par les participants lors de rendez-vous individuels, ou lors des précédentes Assemblées. Les discussions sont prises en note, puis réorganisées sous forme de déclarations communes pour l’Assemblée suivante. Il est alors imaginé si ces textes semblent assez justes pour être considérées comme une déclaration de l’École des Actes, ou s’ils doivent être encore travaillés, complétés.
Une des questions fondamentale des Assemblées est de s’entendre sur une méthode de pensée et de dialogue. Cette méthode s’appuie sur la construction d’une confiance commune, mais aussi sur la traduction de chaque phrase énoncée dans toutes les langues des participants présents (français, mais aussi soninké, bambara, peul, arabe, bengali, etc.). Il s’agit de trouver de nouveaux chemins de pensée afin d’inventer de nouveaux chemins d’organisation commune. C’est aussi la difficulté de cette méthode : elle est en mouvement, et se construit au fur et à mesure des échanges.

L’ÉCOLE COMME LIEU DE
PRODUCTION : CHARTE, MANIFESTES ET PROJETS ARTISTIQUES

La charte de l’École des Actes

La charte de l’École des Actes a été collectivement écrite en 2016, et fixe ses grandes orientations : « École des hautes capacités des pauvres et non-comptés, ouverte à tous, pour la construction d’une machine affirmative et collective d’amitié, de confiance et de courage, travaillant à hauteur du désir de chacun. »

Télécharger la charte de l’École des Actes (2016)

Les manifestes

Le patient travail des Assemblées donne, chaque année, un Manifeste prenant la forme de formulations de droits qui n’existent pas encore et d’hypothèses nouvelles sur ce qui manque : « nous déclarons : chacun a besoin d’un droit de se déplacer librement, car le monde n’appartient à personne. Et aujourd’hui, les marchandises viennent sur les grands bateaux, tandis que les humains sont privés de la liberté de circuler et traversent l’eau sur des zodiacs et les montagnes enneigées au péril de leur vie. » Les deux premiers manifestes de l’École (2018 et 2019) font actuellement l’objet d’un projet éditorial.

Télécharger le premier Manifeste (2018) – à venir
Télécharger le deuxième Manifeste (2019) – à venir

Les projets artistiques

Poursuivant le travail de la rencontre entre des gens qui ne se rencontrent pas ou trop peu d’ordinaire, l’École des Actes affirme que des formes d’expression nouvelles et nécessaires peuvent et doivent surgir de productions artistiques engageant tous ses participants. Quel art nous font-elles faire, ces rencontres ? Qu’attendent de l’art nos participants, que lui demandent-ils, que lui apportent-ils ?

La Commune a bien évidemment été à l’origine des premières productions artistiques écrites et pensées avec des participants de l’École :

2017 : La vraie vie d’Alain Badiou, mis en scène par Marie-José Malis, avec Adam Alhadj, Malik Benazouz, Yanne Bibang, Erwan Guignard, Auguste Guiter, Laurine Linseque, Philippe Quy, Adnan Shamastov, Zahirul Talukdar et Güven Tugla (en tournée nationale en 2019 et 2020).

2018 : Sur la grand’ route d’après Anton Tchekhov, mis en scène par Émilie Hériteau, avec Abd Djibril Djibril Adam, Moussa Doukoure, Halimatou Drame, Maxime Fofana, Mohamed Gaye, Ismael Keita, Mohammad Muzammal, Hussein Soheb, Abou Sylla et Karamoko Yacouba.

2019 : La Vie de Galilée d’après Bertolt Brecht, mis en scène par Emilie Hériteau et Maxime Chazalet, avec les participants du Laboratoire pour des Acteurs Nouveaux et de l’École des Actes ;
Pièce d’actualité n° 14, Dévoiler de Richard Maxwell et/avec Abdramane Doucoure, Moussa Doukoure, Nicholas Elliott, Maxime Fofana, Kawou Marega, Richard Maxwell, Abdel Kader, Moussa Boudjema, Dirk Stevens, Abou Sylla, Abubakary Tunkaba et Sascha Van Riel.

2020 : Ha revenez, plaisirs exilés !, mis en scène par Marie-José Malis, infos à venir.

En cohérence avec sa raison d’être – apprendre les uns des autres, les uns avec les autres -, l’École des Actes développe par ailleurs, depuis 2019, des projets artistiques propres.
En 2020, l’artiste plasticienne Gaëlle Choisne est en cours de production d’une oeuvre double, à la fois décor et architecture pensée pour les usages des participants sur la dalle de l’École ; et série de courtes vidéos partant de scénarios écrits par les participants eux-mêmes et les mettant en scène. Ce projet, co-produit avec Societies – Les Nouveaux Commanditaires, reçoit le soutien de la Fondation des artistes et de Perspektive – fonds pour l’art contemporain et l’architecture.

PARTICIPANTS

À l’École des Actes, tout le monde est « participant », « apprenant ». Il existe de grandes variétés de connaissances qui, mises en dialogue, permettent de penser et de trouver de nouvelles idées.

L’École des Actes est constituée d’hommes, de femmes et d’enfants : de jeunes mineurs isolés, d’ouvriers et migrants venant principalement d’Afrique (Mali, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Égypte, Tunisie, Maroc, Congo, Guinée, Algérie, Tchad) et d’Asie (Bangladesh, Inde, Pakistan, Afghanistan), de militants, d’artistes, de jeunes déscolarisés, d’enfants vivant dans le quartier du Fort d’Aubervilliers… ces catégories étant évidemment non-exclusives les unes des autres.

Quelques participants de l’École des Actes :
Halim – 29 ans, habite à Paris, né au Bengladesh, à l’École depuis novembre 2017,
Mohammad – 38 ans, habite à Paris, né au Bengladesh, à l’École depuis novembre 2017,
Hamza – 19 ans, habite à Paris, né en france, à l’École depuis novembre 2016,
Idrissa – 19 ans, habite à Aubervilliers, né en Côte d’Ivoire, à l’École depuis octobre 2017,
Marie-Anne – 69 ans, habite à Paris, né en France, à l’École depuis novembre 2016,
Boubacar – 36 ans, habite à Aubervilliers, né en Mauritanie, à l’École depuis novembre 2016,
Fode – 37 ans, habite à Paris, né au Mali, à l’École depuis octobre 2017,
Maxime – 32 ans, habite à Aubervilliers, né en France, à l’École depuis novembre 2016,
Zahra – 49 ans, habite à Garges-lès-Gonesse, née au Maroc, à l’École depuis juin 2017,
Diadie – 31 ans, habite à Cergy, née au Mali, à l’École depuis octobre 2017,
Kadiatou – 19 ans, habite à Pantin, née au Mali, à l’École depuis décembre 2017,
Makan -37 ans, habite à Athis-Mons, né au Mali, à l’École depuis septembre 2017,
Bilal – 3 ans, habite à Aubervilliers, né en France, à l’École depuis janvier 2018,
Camille – 29 ans, habite à Aubervilliers, née en France, à l’École depuis novembre 2016,
Paola – 25 ans, habite à Aubervilliers, née en France, à l’École depuis novembre 2016,
Enzo – 8 ans, habite à Aubervilliers, né en France, à l’École depuis février 2018…
…et quelques 400 autres.

PARTENAIRES

L’École des Actes est soutenue par le Théâtre de la Commune – Centre dramatique national, institution à l’origine de sa création et collaborateur privilégié de ses actions et projets.

Elle reçoit par ailleurs le soutien de la Préfecture déléguée à l’Égalité des chances, de l’OFII, du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, de la Ville d’Aubervilliers, de la Fondation ENGIE.

Elle collabore avec le Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, le Palais de Tokyo, le Musée national de l’histoire de l’immigration, le Centre national de la Danse, Societies – Les Nouveaux Commanditaires, Civic City, SPEAP – Sciences Po Paris, l’École d’architecture de Marne-la-Vallée, l’École d’architecture de Paris-Malaquais, le Foyer Procession.

À VENIR À L’ÉCOLE DES ACTES, DANS ET HORS-LES-MURS

En raison de la crise sanitaire et des mesures de confinement, l’École des Actes est actuellement fermée. Sa programmation hebdomadaire est suspendue, sa programmation publique reportée.

Programmation hebdomadaire sur inscription

Mardi : atelier de français pour « débrouillards » (18h30 – 20h30)

Mercredi : ciné club enfants (16h – 17h), cours de français pour tous les groupes (18h30-20h), Assemblée (20-21h)

Jeudi : cours de français pour tous les groupes (18h30-20h), Assemblée des femmes (20-21h)

Vendredi : permanence de droit (13h30 – 18h), cours de français pour tous les groupes (18h30-20h), Assemblée (20-21h)

Programmation publique 

Initialement prévu le samedi 28 mars, 15h, à la Salle des Quatre-Chemins, reporté à une date ultérieure : Assemblée publique

Initialement prévu le vendredi 15 mai, 19h30, à la Salle des Quatre-Chemins, reporté à une date ultérieure : Assemblée publique

Initialement prévu le samedi 30 mai, 15h, à l’École des Actes, reporté à une date ultérieure : La naissance de la tragédie de Maxime Kurvers en traduction simultanée en arabe, soninké, peul et bengali par nos participants.

Initialement prévu le samedi 6 juin, 15h, à la Salle des Quatre-Chemins, reporté à une date ultérieure : Assemblée publique

Initialement prévu le du 6 au 12 juillet, à l’École des Actes, reporté à une date ultérieure : Workshop de sculpture et urbanisme avec l’artiste Gaëlle Choisne

Initialement prévu le mardi 14 juillet, toute la journée, à l’École des Actes, reporté à une date ultérieure : Fête de l’École des Actes

Initialement prévu le du 6 au 12 juillet, à l’École des Actes, reporté à une date ultérieure : Tournage vidéo avec l’artiste Gaëlle Choisne

CONTACT

Contact

L’École des Actes
Association loi 1901
contact@ecoledesactes.org

156, rue Danielle Casanova, 93300 Aubervilliers

L’École des Actes est ouverte à toutes et tous : inscriptions sur place lors des permanences, du lundi au vendredi de 14h à 18h

Équipe :
Judith Balso, directrice pédagogique
Victorine Grataloup, directrice adjointe
Julien Machillot, philosophe
Fatoumata Traoré, assistante pédagogique et administrative

Bénévoles :
Marie-Anne Ballanger, ateliers de langue et accès au droit
Serge Blanc, ateliers de langue
Marion Bottollier, ateliers de langue
Elisabeth Boyer, ciné club enfants et ateliers de langue
Paola Juttet, ateliers de langue
Jelena Rosic, ateliers de langue et ciné club enfants

Conseil d’administration :
Alain Badiou, président
Maxime Chazalet, secrétaire
Boris Perrin, trésorier
Catherine André, administratrice
Moustapha Cissé, administrateur
Barbara Petitjean, administratrice
Mamadou Traoré, administrateur

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