L’ÉCOLE: CHARTE ET MANIFESTE

L’École des Actes a ouvert ses portes dans le quartier du métro Fort d’Aubervilliers début 2017. Elle contribue à inscrire le théâtre dans le tempo de la ville, à réfléchir aux liens entre la population qui y vit et l’art qui s’invente, et propose une configuration nouvelle du monde. Elle est un lieu de rencontre entre des jeunesses qui ne se rencontrent pas ailleurs : celle des quartiers de pauvreté, celle des immigrants cherchant de nouveaux lieux où vivre, et celle des artistes et intellectuels. Ces rencontres s’articulent dans la pratique du théâtre, dans le travail sur la langue française, et lors d’assemblées qui ont inventé une méthode d’investigation construite sur la longue discussion à partir de l’expérience des gens eux-mêmes, et ouvrant à des hypothèses nouvelles sur des questions brûlantes de la vie collective ici, et du monde. L’École des Actes est désormais au cœur du théâtre de La Commune, dans la programmation des spectacles et par ses activités dans le quartier du Fort d’Aubervilliers et de la salle des Quatre Chemins.

Charte de l’École des Actes
École des hautes capacités des pauvres et non comptés, ouverte à tous, pour la construction d’une machine affirmative et collective d’amitié, de confiance et de courage, travaillant à hauteur du désir de chacun et des principes nouveaux de bonheur, de paix et d’humanité qui manquent gravement dans le monde aujourd’hui.

CHARTE pour la création d’une « ECOLE des ACTES »

JUIN 2016

ECOLE DES HAUTES CAPACITÉS DES PAUVRES ET NON COMPTÉS, OUVERTE À TOUS, POUR LA CONSTRUCTION D’UNE MACHINE AFFIRMATIVE ET COLLECTIVE D’AMITIÉ, DE CONFIANCE ET DE COURAGE, TRAVAILLANT À HAUTEUR DU DÉSIR DE CHACUN ET DES PRINCIPES NOUVEAUX DE BONHEUR, DE PAIX ET D’HUMANITÉ QUI MANQUENT GRAVEMENT DANS LE MONDE AUJOURD’HUI

 

PREAMBULE

L’école telle qu’elle est aujourd’hui détruit tellement de choses chez les enfants et les jeunes gens que lorsqu’ils en sortent, ils ne sont pas en capacité d’identifier ce qu’ils désirent et dont ils sont capables : « L’école ne cherche pas pourquoi on est fait, pourquoi on est doué. La première question devrait être « qu’est-ce qui te plaît, qu’est-ce que tu aimes ? ». Au lieu de ça on nous envoie là où on ne veut pas aller. »

En leur faisant intérioriser l’idée affreuse que le problème c’est eux, et non pas l’école : « A l’école je ne tenais pas en place. Mais en France l’école c’est vraiment pourri. Quand on vous a mis de côté, c’est trop de frein. J’ai perdu mon rire facile. Jusqu’à il y a pas longtemps, j’avais le concept de l’homme, enfin de l’humanité : j’y croyais. Plus maintenant. Maintenant je me soucie de mes proches de moi ; les autres, j’y crois plus ». Au fond de beaucoup de jeunes que l’école a blessés, il y a des désirs immenses, qu’on ne soupçonne pas et que notre propre école devra faire lever. On ne pêchera jamais par surestimation, toujours par sous-estimation.

« Les profs ne se mettent jamais à notre place. Ils n’ont plus d’amour pour leurs élèves, ils n’ont plus ce qui devrait être leur passion : apprendre aux autres. Alors, il y a un choc terrible entre eux et les élèves. Et le réconfort, pour les élèves, ça n’existe pas». « En plus on nous dit : va à l’école, tu gagneras de l’argent. Or c’est un mensonge. Au lieu de dire : va à l’école, tu feras ce que tu aimes ».

« Moi je crois que, l‘école, ils ont besoin que les élèves lâchent, c’est calculé. Mais être dénigré tout le temps par les profs, ça fait mal. Les élèves se sentent dans le brouillard épais, on est à côté de la plaque. La difficulté c’est de se réveiller. »

Avant que le désir soit clair, cela se donne d’abord comme un noeud, un endroit intenable, générateur d’angoisse et de « brouillard épais » : on n’aime plus ce qui se présente comme stable et obligé, routinier, mais on est encore loin de ce désir d’autre chose qu’on cherche à penser et imaginer. L’école telle qu’elle existe contrarie jusqu’aux passions intellectuelles et, s’ils étaient à même de dire leur désir, on peut parier que beaucoup deviendraient archéologues, philosophes, ou mathématiciens… Chacun a besoin d’un lieu qui l’aide à découvrir ce dont il est capable. C’est le premier enjeu de notre école, lieu où se construiront des actes : manufacture des actes.

A échelle du monde, des millions de gens sont aujourd’hui errants et non comptés. Les meurtres de masse du 13 novembre, ceux de Bruxelles, le déni d’hospitalité à l’égard des réfugiés et des gens déplacés, l’absence de tout avenir pour la jeunesse des quartiers, la 2 persécution des ouvriers du monde, tout atteste à quel point a disparu toute idée de ce que cela peut et doit être une vie sous le signe du bonheur pour tous. Et parce qu’il en est ainsi, c’est le spectre de la guerre qui règne : chaque Etat divise et dresse inlassablement chacun contre les plus pauvres, les plus exposés, les derniers venus. Cet état de choses crée pour des millions de gens des situations où leur vie compte pour rien, où survivre est à peine possible.

Notre maître mot à nous, ce sera la paix : la volonté de travailler à construire une paix qui aujourd’hui n’existe pas. Par paix nous ne voulons pas dire l’absence de conflit, l’absence ou l’interruption de la guerre. La paix dont nous parlons, que nous voulons à notre échelle, à notre mesure, travailler à produire, c’est l’affirmation d’une autre possibilité de connaissance et de vie collectives. La paix en ce sens-là ne peut être qu’une œuvre voulue et portée collectivement, qui se bâtit pied à pied, par la création effective de nouveaux rapports entre les gens, entre les populations.

 

A – COMPTER TOUS CEUX et CELLES QUI NE SONT PAS COMPTÉS

Pour participer à notre école, il n’y aura pas de critères d’âge ni d’origine ni de connaissances. Le seul critère sera l’accord avec les principes de l’école, et la volonté d’y être librement et régulièrement actif. L’école s’adaptera pour ça aux disponibilités et possibilités des participants. Nous voudrions pouvoir compter tous ceux qui ne sont pas comptés, et les appeler à se compter eux-mêmes.

Cette école est réellement pour tous. Celui ou celle qui n’a pas de papiers, celui ou celle qui est sans travail, celui ou celle qui a quitté l’école, celui ou celle qui est de passage, chacun est bienvenu. Notre désir est de travailler à réunir des jeunesses aujourd’hui séparées et qui s’ignorent tragiquement. A réunir aussi des gens d’âges différents, de pays différents. Nous veillerons à faire place aux femmes qui n’ont pas eu la possibilité d’aller à l’école, aux ouvriers qui n’ont pas appris à lire ni à écrire, aux jeunes filles chez qui il existe un désir d’étudier auquel il n’est pas répondu. Nous travaillerons à partir de la langue de chacun à composer un langage commun.

 

B – TRAVAILLER À PARTIR DU DÉSIR ET CE QUI MANQUE

L’école travaillera à partir du désir et de ce qui manque, à chacun et à tous. Elle devra aider chacun à être entièrement soi et en même temps entièrement avec les autres. Il s’agira de rendre possible l’élan, le projet singulier, et de reconfigurer une idée du bonheur pour tous. Il faut que chacun trouve le chemin d’un accomplissement à hauteur de son désir.

On apprendra d’abord à se rencontrer, à se parler, à penser. Beaucoup de gens n’ont rien aujourd’hui pour pouvoir exister. Rien de disponible. Quand on n’a rien, la seule chose qu’on peut avoir, conquérir, c’est justement la confiance dans sa propre capacité, et dans sa propre discipline. Le désir de vivre existe en chacun, nous ferons en sorte d’inventer les actes à travers lesquels il pourra s’affirmer et se construire. Il y faudra du temps et de la patience. Car ce temps doit être le temps de chacun. Contre l’idée de « résultats tout de suite ». Quand on apprend en vue d’un résultat, à la fin on oublie tout, on ne construit rien. A l’école, on te dit : « on ne peut pas s’adapter à ton rythme ». Mais chacun ne peut pas travailler à la même cadence. Quand il s’agit de découvrir, d’apprendre, de déclarer son désir, cela peut être très délicat, très long. Il faut de l’endurance, de la discipline, être fidèle aux conséquences de ce qu’on a décidé de vouloir. Il s’agit de la constitution de soi en sujet. Or toute vie est aussi une expérience dans le temps. Des transformations de la vie, découvrir que ce dont on est capable est toujours lié au bonheur des autres, à la création d’une nouvelle beauté pour tous, ce seront alors de tout autres figures du « résultat ».

 

C – GÉNÉRER ET RENDRE POSSIBLE DES ACTES

L’école devra être animée par la passion d’agir, elle devra générer et rendre possible des actes. Il s’agit d’affirmer que le désir est de ce monde et de lui donner le temps de la maturation. De faire en sorte que chacun puisse conquérir la confiance dans son propre désir, et l’endurance nécessaire pour faire vivre son idée de la vie. D’aider, à partir d’existences empêchées ou barrées, à délivrer des possibilités concrètes pour chacun. Contre la corruption par le renoncement, le scepticisme, l’impuissance. Ce que chacun portera sera son propre « chef d’oeuvre » et nourrira aussi des actions et créations collectives.

 

D – MAÎTRES ET ÉLÈVES TOUR À TOUR

C’est par son propre mouvement qu’on va à la rencontre du monde. Pour pouvoir enquêter sur le monde, il faut d’abord pouvoir penser par soi-même. Il ne peut pas y avoir d’un côté ceux qui savent et qui enseignent et de l’autre ceux qui ne savent pas et qui apprennent. Chacun tour à tour fera école pour les autres : tour à tour maîtres et élèves, à l’école de la découverte du réel et des gens. Tout le monde travaillera à égalité, à partir de tâches communes, qui découleront du désir de chacun et du manque pour tous. Cela se substituera aux schémas d’autorité. L’égalité existera non pas au sens où chacun sera capable des mêmes choses, mais à partir de ce dont chacun est singulièrement capable et qu’il peut apporter aux autres.

 

E – LE THÉÂTRE FERA PARTIE DES ACTES DE L’ÉCOLE

C’est dans le théâtre de la Commune que cette école prend naissance et a son lieu. Parce que le théâtre a lui aussi le désir que la vie soit infinie, et souffre le même manque d’un bien pour tous. Le théâtre est le lieu où se vérifie que des déclarations, des inventions, des hypothèses nouvelles sont subjectivables. Le théâtre construit des subjectivités.

C’est pourquoi le théâtre fera lui aussi partie des actes de l’école. Il en sera une des pratiques quotidiennes pour tous ceux et celles qui le souhaiteront. Il ne s’agira pas, par ce travail, de délivrer une subjectivité déjà construite et de l’enseigner aux autres. Il s’agira de vérifier que ce que je dis, je peux le penser et que ce que je pense, je peux le parler. Il s’agit aussi de disjoindre la parole et la honte, la parole et la peur. De mettre en œuvre l’émotion d’amitié, de confiance, d’exigence. Car nous sommes dans un monde où la parole est sans arrêt soumise à critique, à ridicule, à honte. Il faut qu’on puisse commencer des phrases qu’on ne saura pas terminer, il faudra chercher d’autres manières de parler à tous, d’autres adresses, y compris sur le plan des corps, de la sensibilité. Il s’agit aussi de savoir comment la pensée peut avoir une audience et pas seulement dans la forme de l’écrit et du livre. Nous demanderons à des artistes de venir travailler avec nous, non pas à partir de ce qu’ils savent et font déjà, mais à partir de ce qui, à eux aussi, peut manquer. Chaque mois, ce travail du théâtre sera au service de la présentation des travaux de l’école. Dans une assemblée publique où ce qui aura été fait et pensé dans l’école sera présenté, sur le théâtre, ou dans le parc, un soir.

 

F – UNE « MACHINE » COLLECTIVE ET DES PRINCIPES PLUS FORTS, PLIUS VASTES

Le projet n’est pas de constituer un lieu (qui pourrait se figer, s’absolutiser), mais plutôt une « machine » collective, qui nous permette de forger des outils pour agir dans le monde et contribuer à sa transformation. La figure de la révolution a longtemps porté en elle l’idée de la nécessaire destruction d’un monde pour qu’un monde nouveau puisse apparaître. Nous cherchons à abandonner cette figure de la destruction antagonique pour essayer de tenir les choses dans une courbure, une plus grande douceur. Pour cela, il faut s’établir dans un régime de principes à tenir, et non dans le régime de la vindicte revendicative. Il faut que chaque principe nouveau que nous poserons soit plus fort, plus vaste, que ce que les tenants, situation par situation, de l’ordre actuel du monde sont en mesure de penser et d’imposer.

 

G – CONSTRUIRE DE MULTIPLES POINTS D’ANCRAGE ET DE FORCE

Nous voudrions établir des ponts, nouer des relations d’amitié avec d’autres gens qui travaillent dans un esprit proche du nôtre. Il faut que l’existence de notre machine puisse servir aussi à d’autres. Et que chacun puisse circuler, construire la multiplicité de ses points d’ancrage et de force, et ne s’enferme pas dans une seule formule, nécessairement limitée. Notre machine doit aider à se construire, et ne pas asphyxier les énergies. La vie, c’est par étapes et chaque étape a ses besoins, s’examine. Il faut aussi apprendre à franchir la ligne d’ombre qui sépare toujours du pas de plus à oser.

Disant cela, nous ne voulons pas encourager une versatilité, mais poser fermement que les participants à l’école ne devront y rester qu’aussi longtemps qu’ils y trouveront une vitalité et un courage pour leur propre vie. Il faut pouvoir en partir sans culpabilité ni sentiment de reniement. Le monde est vaste, il y a tant d’enquêtes et de rencontres à y mener. L’enjeu de l’école est de rendre à chacun la souveraineté qui lui est déniée dans le monde. Dans une école où se cherche et s’éprouve la capacité à construire une autre vie pour soimême et pour tous, la seule norme possible est intérieure, – norme de soi et non pas jugement extérieur. Nous cherchons une refondation entière du sentiment de soi et des autres.

Premier manifeste – mai 2018
« On a tous besoin d’un droit du sol où l’on vit, d’un peu d’humanité dans le coin de la terre ou l’on se trouve.
C’est pourquoi nous écrivons ce Manifeste :
pour faire des propositions qui soient bonnes pour tous,
pour l’organisation collective de la vie de tous. »

APPELS ET RÉCITS

Lorsque les plus pauvres sont en butte aux lois de l’Etat via des décisions administratives ou juridiques, il n’existe pour certaines questions cruciales de la vie aucun recours pour faire valoir ce que nous appelons les lois élémentaires de la vie des gens. C’est pourquoi l’école travaille activement à trouver quelques idées justes en prenant pour point de départ non pas ce qui existe déjà et a avéré son insuffisance (voire sa compromission détestable) mais ce qui manque le plus cruellement dans la situation actuelle et qu’il faut travailler à faire exister de toute urgence.

Les « appels » ont pour but d’appeler des intellectuels et professionnels de toute sorte (juristes, architectes, etc.) cherchant eux-mêmes des chemins nouveaux en regard de ce qui est gravement en impasse dans leur travail – à composer des alliances nouvelles pour trouver la force collective de commencer à faire exister les idées neuves les plus importantes.

Les « récits » ne sont ni des articles de journaux, ni des travaux de recherche universitaires, ils sont racontés par les gens sur la base d’une rencontre réelle avec eux, ils ont pour but de commencer à faire partager une connaissance réelle des situations des pays de ceux qui arrivent en France et demandant l’asile parce qu’ils n’ont pas d’autres choix.

Appel en faveur de prises de position pour les squats – juillet 2019
« Nous partons du constat qu’aujourd’hui la France manque cruellement de lieux pour accueillir les nouveaux venus que la guerre ou les nécessités de la vie jettent sur les routes et les embarcations de fortune. Leur légitimité à vivre ici ne fait aucun doute. A commencer par le fait que ces gens participent grandement au développement de la France, par leur travail sur les chantiers, dans la restauration, les travaux publics, la sécurité, le nettoyage et le ménage. »

Ecole des Actes, Aubervilliers (93)

Laboratoire-atelier populaire d’architecture (LAPA)

APPEL EN FAVEUR DE PRISES DE POSITION POUR LES SQUATS POPULAIRES

Juillet 2019

Nous partons du constat qu’aujourd’hui la France manque cruellement de lieux pour accueillir les nouveaux venus que la guerre ou les nécessités de la vie jettent sur les routes et les embarcations de fortune. Leur légitimité à vivre ici ne fait aucun doute. A commencer par le fait que ces gens participent grandement au développement de la France, par leur travail sur les chantiers, dans la restauration, les travaux publics, la sécurité, le nettoyage et le ménage.

A l’Ecole des Actes, depuis 2016, nous travaillons tous ensemble à trouver des chemins nouveaux pour penser et résoudre par le haut les difficultés rencontrées par le pays. Ces difficultés concernent les nouveaux venus, mais également tous ceux qui vivent déjà ici, qu’ils y soient nés ou qu’ils y soient arrivés récemment ou il y a trente ans.

Nous savons que ces nouveaux venus, par leur courage, sont souvent des exemples pour tous : « Nos histoires, ce ne sont pas de petites histoires. Ce sont des choses qui mettent en cause l’humanité dans son coeur. » [Cette citation et celles qui suivent sont issues des travaux de l’école des Actes.]

Les deux grandes difficultés qu’ils rencontrent en arrivant en France sont l’interdiction de travailler et l’impossibilité matérielle et administrative de se loger dans les logements sociaux, les logements privés ou par le système de l’hébergement d’urgence.

***

Depuis plus de trois ans, nos amis du collectif Schaeffer sont une centaine à s’être organisés pour se loger ensemble à Aubervilliers (93). D’abord dans un lieu vide rue Victor Hugo, puis dans la rue, ensuite dans un garage rue Schaeffer, puis rue du Port, et dernièrement dans un entrepôt, rue de Valmy inoccupé depuis 2012.

Ce sont des gens sérieux. Leur capacité à s’organiser et à rester unis dans toutes ces épreuves en est la démonstration. Ils ont écrit une charte d’organisation interne afin de régler la vie quotidienne et les relations avec la mairie et le voisinage.

Leur histoire est exemplaire pour tous.

Mais malgré leur ténacité pour rester dignes et organisés, et malgré les demandes de rentrer en contact avec le propriétaire de l’entrepôt pour discuter de la situation, celui-ci a ignoré toutes les tentatives de dialogue et a obtenu de la justice une expulsion qui peut avoir lieu à tout moment à partir de la fin juillet 2019.

Face au réflexe d’expulsion de la part des propriétaires et étant donné la gravité de la situation, nous pensons que ce qui est urgent actuellement, c’est que la question des squats populaires et du sort de leurs habitants sorte des tribunaux pour être discutée publiquement.

Et d’abord nous devons faire connaître ce nom : SQUATS POPULAIRES, faire connaître leur existence et défendre leur légitimité :

« Chacun a besoin d’un droit que la population le connaisse : car connaître quelqu’un, c’est pouvoir connaître ce qu’il a de bon en lui ; celui qui arrive quelque part doit pouvoir déclarer qu’il est là, avec quelle histoire et quel projet. »

Nous affirmons que les squats populaires sont bons et nécessaires pour les gens qui choisissent de s’y installer et d’y habiter : « Chacun a besoin d’un droit de s’abriter par tous les moyens en construisant son propre logement, en occupant un lieu inhabité, car être à la rue ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable. »

Un squat, cela peut être un lieu d’organisation exemplaire si on laisse aux gens le temps d’y faire des travaux de mise en sécurité, et d’y vivre autrement qu’ils ne vivent quand ils sont à la rue.

Nous appelons à reconnaître que les squats populaires sont des lieux positifs pour au moins quatre raisons :

1/ Les squats populaires sont aujourd’hui nécessaires. Ils offrent à leurs habitants une sécurité et une stabilité temporaires et la possibilité de commencer à se construire un parcours de vie. Ils sont organisés par les nouveaux venus, mais accueillent aussi des personnes qui sont en France depuis longtemps ou qui y sont nées et qui ont des impossibilités de se loger autrement. Cela devrait être à l’État et aux mairies de pourvoir à ce besoin ; mais ils n’en ont pas la volonté ou la capacité. Dans les squats populaires, les habitants s’organisent pour les besoins quotidiens de tous : la toilette, les repas, le sommeil, les services rendus mutuellement. Ils sont à tous égards plus en sécurité et ont une meilleure hygiène que dans la rue.

2/ Les squats populaires peuvent être inventifs sur des modes d’organisation collective adaptés à la vie des gens. « Dans le squat, les gens peuvent construire eux-mêmes ce dont ils ont besoin, organiser l’espace à leur façon. » Comme les squats d’artistes qui sont bien acceptés par les autorités, les squats populaires sont des lieux d’invention et d’expérimentation de principes de vie collective. Les habitants déterminent ensemble, en adultes responsables, leurs principes d’organisation. Ils ne sont pas infantilisés comme dans les résidences sociales ou l’hébergement d’urgence, qui ont des règlements interdicteurs et policiers.

3/ Les squats populaires sont bons pour la ville. Tout comme les foyers ouvriers participent à la vie collective d’un quartier, un squat peut assurer une présence permanente et rassurante, même tard le soir. Ce sont aussi des lieux où les gens du quartier pourraient venir manger, ou trouver de petits services, tels que la réparation de vélos et scooters, etc.

Il pourrait donc être envisagé qu’il entre dans les usages que des lieux de type entrepôts ou usines ou magasins non utilisés au bout de 5 ans soient considérés comme disponibles aux fins d’y installer un squat.

4/ Les squats populaires sont bons pour le propriétaire. Dès lors que les choses sont organisées en bonne intelligence avec le propriétaire, un squat populaire évite à celui-ci de coûteux frais de gardiennage qui peuvent être investis dans l’entretien ou l’aménagement léger du lieu, en attendant un projet à venir ultérieurement. Nous pensons que les habitants des squats populaires doivent systématiquement entrer en contact avec le propriétaire du lieu occupé et la mairie, afin de leur proposer une occupation négociée des lieux. Nous pensons aussi qu’ils peuvent demander à des tiers (architectes, institutions, associations…) d’être leurs garants.

Que les squats populaires constituent une solution réaliste et désirable dans l’état actuel du pays, c’est ce que nous proposons de faire connaître largement et de partager avec tous.

Nous connaissons des précédents encourageants, comme le squat-foyer des Sorins à Montreuil (93) où vivent plus d’une centaine de personnes depuis 2012. Les travaux initiaux d’aménagement et de mise en sécurité ont été réalisés en partie par les habitants, et coordonnés par des architectes. Ils ont coûté 1200 euros par personne, somme comparable au coût d’un hébergement d’urgence d’un mois dans un hôtel. Depuis, les habitants paient leurs consommations d’eau et d’électricité et se cotisent pour l’entretien du bâtiment et des installations sanitaires. Ils sont organisés à partir d’une charte intérieure qu’ils ont inventée. Et ils ont nommé « foyer » ce lieu qu’ils ont créé.

Nous écrivons cet appel pour tous ceux et celles que cette question touche, afin qu’ils puissent à leur tour déclarer leur position et compléter ce premier texte.

En particulier, nous souhaiterions entendre et pouvoir publier les points de vue d’architectes, de juristes et avocats, et l’expérience d’autres habitants de squats, y compris de squats d’artistes.

ASSEMBLÉES ET COURS

L’Assemblée est le travail fondamental de l’Ecole des Actes. Sa raison d’être est d’abord de constituer une connaissance directe des situations de notre monde, non pas au travers de savoirs déjà existants, mais à partir de l’expérience et de la parole des gens eux-mêmes. Elle est ensuite de travailler à identifier ce qui manque cruellement pour tous dans la situation de ce pays. Une fois constituées des idées fortes et justes, l’Ecole propose ensuite de les discuter dans des Assemblées publiques accueillies par divers centres d’art parisiens ou par la Salle des Quatre Chemins d’Aubervilliers.

Les Assemblées sont articulées aux Cours de français délivrés le soir, plusieurs jours par semaine, à tous ceux qui en ont besoin et le désirent. L’Ecole des Actes, refusant le dispositif des cours de « français langue étrangère », entend construire pas à pas et proposer ses propres méthodes de transmission de la langue.

Programme des cours et assemblées
Français et assemblées : mercredis, jeudis et vendredis de 18h30 à 21h
Français débutants : mardis de 18h30 à 20h30
Ciné-club : mercredis de 15h à 17h (enfants) et vendredis de 17h à 18h30

Renseignements et inscriptions du mardi au vendredi de 14h à 18h
ecole.commune@gmail.com / 06 22 53 76 77

École des Actes
156, rue Danielle Casanova 93300 Aubervilliers

Assemblée publique du 25 mai 2019 à la salle des 4 Chemins
Le problème du logement pour ceux et celles qui arrivent, mais aussi pour ceux et celles qui vivent déjà ici.

L’ÉCOLE DES ACTES

VOUS INVITE À SA TROISIÉME ASSEMBLÉE PUBLIQUE, À AUBERVILLIERS, À LA SALLE DES 4 CHEMINS, 41 RUE LECUYER.

METRO : AUBERVILLIERS-PANTIN-QUATRE CHEMINS, LIGNE 7

SAMEDI 25 MAI DE 14H À 17H

 

Cette Assemblée sera différente des deux précédentes, au sens où y sera présenté pour l’Ecole LE PROBLEME DU LOGEMENT – EN TANT QUE PROBLEME TRÉS GRAVE POUR CEUX ET CELLES QUI ARRIVENT, MAIS UN GRAVE PROBLEME AUSSI POUR CEUX ET CELLES QUI VIVENT DÉJÀ ICI.

Cette présentation sera portée (indications encore provisoires) :

  1. PAR LE TRAVAIL EFFECTUÉ DANS LE LABORATOIRE D’ARCHITECTURE (LAPA) avec des participants de l’Ecole et des architectes sur ce que les gens ont à dire et à montrer à partir des conditions dans lesquelles ils vivent. Ce sera un premier moment de restitution de ce travail à toute l’Ecole.
  2. PAR LE PROJET D’UN APPEL (que nous allons rédiger et proposer ensuite à des architectes et des juristes) DESTINÉ À EXPLIQUER ET SOUTENIR LA NÉCESSITÉ DE RECONNAITRE LES SQUATS COMME DES LIEUX D’HABITATION LÉGITIMES, en l’absence de toute autre solution pour des milliers de gens. Cela en bilan des difficultés rencontrés par le squat du collectif Schaeffer à La Courneuve, mais aussi de l’existence prolongée du squat des Sorins à Montreuil.
  3. PAR LA CHARTE ÉCRITE PAR DES OUVRIERS DU FOYER PROCESSION À PARIS 15EME, en vue de critiquer et remplacer le règlement intérieur d’ADOMA, qui les traite comme des « hébergés » et non pas des locataires à part entière, et comme des gens à qui il faut tout interdire – et d’abord leur interdire d’accueillir ses proches et sa famille dans son logement.
    Leur collectif « OUVRIERS DU MONDE / ARCHITECTES DE PAIX » a le projet de créer un nouveau type d’habitat populaire, qui reprendra ce qu’il y avait de bien, pour la vie collective, dans les foyers, et y ajoutera des éléments nouveaux nécessaires aujourd’hui, comme des logements pour accueillir ceux et celles qui arrivent.
  4. LES PROBLÉMES QUE LA JEUNESSE ICI RENCONTRE POUR SE LOGER. Les loyers trop chers, la difficulté d’avoir un logement quand on n’a pas un travail stable. La colocation comme une solution, liée aussi au goût pour une collectivité.ET, DANS LES CITÉS, L’ABSENCE DE TOUT LIEU POUR LES JEUNES, avec pour résultat qu’ils traînent dehors, dans les escaliers et les halls d’immeubles ou les caves, – ce dont se plaignent les autres habitants. Vieille histoire : dans les années 70, beaucoup de batailles populaires ont eu pour noyau la nécessité d’un local pour les jeunes ou d’un terrain de sport librement accessible à tous… Que penser et faire aujourd’hui sur cette question ?

Assemblée publique du 5 avril 2019 au Centre Pompidou
« Il faut avoir l’humanité dans notre coeur pour faire face à la situation. Il faut que nous-mêmes, on s’interroge. Nos histoires ne sont pas de petites histoires. Ce sont des choses qui mettent en cause l’humanité dans son coeur. »

CENTRE POMPIDOU (BEAUBOURG) :
RESTITUTION DU 5 AVRIL 2019

 « IL FAUT AVOIR L’HUMANITÉ DANS NOTRE CŒUR POUR FAIRE FACE À LA SITUATION. IL FAUT QUE NOUS-MÊMES, ON S’INTERROGE. NOS HISTOIRES NE SONT PAS DE PETITES HISTOIRES. CE SONT DES CHOSES QUI METTENT EN CAUSE L’HUMANITÉ DANS SON CŒUR. »

Première pierre posée d’une grande campagne à développer sur l’idée que ce qui manque aujourd’hui le plus cruellement en France, c’est une autorisation de travailler pour ceux et celles qui arrivent. Il faut séparer le travail et les papiers : on peut vivre longtemps sans papiers mais on ne peut pas vivre longtemps sans travailler. Prises de parole très fortes, en différentes langues traduites (soninké et peul) de la part de multiples participants de l’Ecole de l’Ecole, aussi bien ceux qui savent lire que ceux qui n’ont jamais appris, sur la nécessité de cette autorisation de chercher du travail.

Sans cette autorisation, ce n’est pas que la travail n’existe pas pour eux : le travail existe, mais c’est le travail au noir avec toutes ses injustices et ses dangers.

La jeunesse qui arrive ne veut pas vivre de l’aide mais de son travail, elle refuse de se voir contrainte de voler ou trafiquer pour survivre. Elle veut se former pour pouvoir revenir avec une formation en rentrant au pays. Elle veut travailler pour participer au développement du pays dans lequel elle se trouve aujourd’hui.

Assemblée publique du 23 mars 2019 à la salle des 4 Chemins
« Vous vivez dans la même réalité que nous, mais vous la vivez autrement. nous, ce qu’on sait, c’est comment faire pousser des racines. Donc avec l’amitié, on peut grandir ensemble dans nos vies. »

L’ÉCOLE DES ACTES

VOUS INVITE À SA DEUXIÉME ASSEMBLÉE PUBLIQUE, À AUBERVILLIERS, À LA SALLE DES 4 CHEMINS, 41 RUE LECUYER.

METRO : AUBERVILLIERS-PANTIN-QUATRE CHEMINS, LIGNE 7

SAMEDI 23 MARS À 15 HEURES

Ce texte a été écrit en mars 2019 au cours de différentes assemblées de lEcole des Actes. Il a été écrit par la jeunesse qui arrive à destination de la jeunesse née ici.

C’est une invitation à se rencontrer et se connaitre.

« IL FAUT AVOIR L’HUMANITE DANS NOTRE CŒUR POUR FAIRE FACE A LA SITUATION.IL FAUT QUE NOUS-MEMES, ON S’INTERROGE.

C’est pour ça qu’on veut se rencontrer et parler avec vous.

NOS HISTOIRES, CE NE SONT PAS DE PETITES HISTOIRES. CE SONT DES CHOSES QUI METTENT EN CAUSE L’HUMANITE DANS SON CŒUR.

Quand tu es dépassé par la situation, tu n’as plus les mots, mais ce qui t’arrive, tu le ressens. Ta peine, tu l’as encore. Tu vis avec. Tu ne peux jamais oublier. Quand ça t’arrive, tu es seul au monde.

CELUI QUI PART POUR CHERCHER DE L’AIDE AILLEURS, D’ABORD IL EST SEUL, COMPLETEMENT SEUL.

Les gens viennent ici parce que là-bas, il y a plein de problèmes familiaux.

Quand des jeunes filles ou des femmes se rebellent, forcément pour elles c’est l’exil : « Dès que tu t’opposes aux décisions de la famille, il n’y a aucune loi qui te protège. Tu dois t’enfuir. Tu ne peux pas vivre comme tu veux, si ce n’est en partant. »

Pour d’autres, c’est le climat qui est le problème, la jeunesse sort beaucoup à cause de ça, pour chercher une vie meilleure ailleurs : « Avec la sécheresse, on ne peut plus cultiver les champs ». « Tant qu’il pleut beaucoup, tu peux trouver la nourriture pour l’année, prendre soin de ta maison, et garder un peu d’argent en plus. Mais maintenant il ne pleut pas assez pour gagner la nourriture pour l’année complète ».

Un jeune qui aime étudier, qui veut pouvoir aller à l’école, il ne peut pas si la famille n’a pas d’argent pour ça. Même si tu vas aller à l’école, souvent ce n’est pas une vraie école : « Certains qui vont à l’école, ils n’arrivent pas à lire une phrase après ». Après, même si tu as bac + 4, tu ne peux pas trouver du travail, à cause de la corruption : « Moi, après l’université, je postule pour un concours. On me fait savoir que j’aurai le concours si je verse 1 million de francs CFA ».

Les jeunes qui se débrouillent dans la mécanique, les petits commerces, doivent partir aussi : la police ne les laisse pas travailler tranquilles.

Là-bas comme ici, les gouvernements sont responsables de ce qui se passe. Mais si tu veux atteindre un but, c’est à toi d’être courageux. Pas seulement en Afrique. A un moment, il faut décider de changer tout ce système.

SI TU TE DIS : « CE N’EST PAS CETTE VIE QUE JE VEUX », ÇA IMPLIQUE LA NECESSITE DE VOULOIR CE QUE TU PEUX ATTEINDRE. TOUT ÇA PART DU COURAGE.

Par exemple : pour nous, ici, il n’y a pas de vrai travail.

Pour vous, souvent, il y a des travaux qui ne sont pas vrais.

Ici comme là-bas, il y a plein d’enfants qui sont désespérés. Car rien n’est fait pour la jeunesse. Pour avancer, notre idée c’est que nos deux jeunesses – vous qui êtes ici et nous qui avons quitté là-bas – on se rencontre et on se mette ensemble.

QUAND ON VEUT, ON PEUT, MAIS IL FAUT VOULOIR CE QU’ON PEUT FAIRE, CE QU’ON PEUT ATTEINDRE.

Vous vivez dans la même réalité que nous, mais vous la vivez autrement :

Vous êtes la France du futur, même si tous les jours on vous dit que vous êtes rien.

Nous, ce qu’on sait, c’est comment faire pousser des racines.

DONC, AVEC L’AMITIE, ON PEUT GRANDIR ENSEMBLE DANS NOS VIES. »

« Dans l’Ecole, ce qu’il y a c’est l’humanité, le respect, la dignité : on vient d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud, de France, on est accueillis, on est égaux entre nous. On est comme une famille. L’Ecole, c’est notre Ambassade ! »

 « On apprend ensemble le français, et à lire et à écrire. Même celui qui n’est jamais allé à l’école peut venir. On parle aussi ensemble des problèmes de la vie des gens : le logement, le travail, les papiers, la demande d’asile, le pays, tous les soucis qu’on a dans la tête. »

 « Dans l’Ecole, il y a des choses que nous, on connaît et des choses que les gens qui ont créé l’école connaissent, et que nous on ne connaît pas : sur ici, sur les lois. On peut s’aider entre nous. On partage les connaissances. Avant d’être dans l’Ecole, on pense beaucoup parce qu’on est seul, on ne sait pas vers quoi se tourner. Quand on est dans l’Ecole, on laisse un peu le souci à la porte. »

  • AUBERVILLIERS :

ASSEMBLÉE PUBLIQUE DU 23 MARS 2019

« VOUS VIVEZ DANS LA MÊME RÉALITÉ QUE NOUS, MAIS VOUS LA VIVEZ AUTREMENT. NOUS, CE QU’ON SAIT, C’EST COMMENT FAIRE POUSSER DES RACINES. DONC AVEC L’AMITIÉ, ON PEUT GRANDIR ENSEMBLE DANS NOS VIES »

La difficulté d’organiser des rencontres avec la jeunesse née ici a ouvert à une longue et complexe discussion abordant tour à tour différentes facettes de ce problème. Notamment : les causes du rejet de l’école par beaucoup de ces jeunes, mais aussi de leur distance à leurs parents. Celle-ci relève peut-être moins d’un mépris des jeunes à leur égard que d’une honte liée à l’impossibilité pour eux de faire mieux que la génération précédente. Alors même que toute la confiance des parents dans la scolarisation de leurs enfants était fondée sur le désir que leurs fils et filles ne soient pas limités au même travail pénible, à la même vie dure et difficile qu’ils avaient eux-mêmes dû mener.

En ce qui concerne l’école, certains parents de provenance africaine n’ont actuellement pas d’autre issue, devant le fossé entre leur enfant et l’école ici, que d’emmener leurs enfants dans leur pays d’origine, afin qu’ils puissent y suivre une scolarité normale et y devenir adultes.

Quant au respect du travail ouvrier, une mère de famille, dont le métier est d’assurer le ménage de bureaux, explique qu’elle demande à sa fille de l’accompagner tous les samedis afin qu’elle voie et comprenne la valeur du travail dont elles vivent toutes deux.

L’Assemblée s’est conclu sur la nécessité d’inventer et de mettre en place des dispositifs concrets fortement organisateurs et susceptibles d’intéresser des jeunes nés ici : idée de les associer à la création d’une radio, à la réalisation d’une série web, au projet d’un fablab et de postcasts.

Assemblée publique du 1er décembre 2018 à la salle des 4 Chemins
« Celui qui vient d’asseoir un moment à côté de celui qu’il ne connaît pas, il va découvrir que chacun a des choses à apprendre de l’autre. »

L’ECOLE DES ACTES VOUS INVITE

à sa première ASSEMBLÉE PUBLIQUE à AUBERVILLIERS

SAMEDI 1ER DÉCEMBRE 2018 À 15 HEURES

 

SALLE DES QUATRE CHEMINS – 41 RUE LÉCUYER

Métro ligne 7, station Aubervilliers-Pantin-Quatre Chemins

 

CELUI QUI VIENT S’ASSEOIR UN MOMENT

À COTÉ DE CELUI QU’IL NE CONNAIT PAS,

IL VA DÉCOUVRIR QUE CHACUN A DES CHOSES À APPRENDRE DE L’AUTRE

Dans l’Ecole, ce qu’il y a c’est l’humanité, le respect, la dignité : on vient d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud, de France, on est accueillis, on est égaux entre nous. On est comme une famille. L’Ecole, c’est notre Ambassade !

On apprend ensemble le français, et à lire et à écrire. Même celui qui n’est jamais allé à l’école peut venir.

On parle aussi ensemble des problèmes de la vie des gens : le logement, le travail, les papiers, la demande d’asile, le pays, tous les soucis qu’on a dans la tête.

Dans l’Ecole, il y a des choses que nous, on connaît et des choses que les gens qui ont créé l’école connaissent, et que nous on ne connaît pas : sur ici, sur les lois. On peut s’aider entre nous. On partage les connaissances.

Avant d’être dans l’Ecole, on pense beaucoup parce qu’on est seul, on ne sait pas vers quoi se tourner. Quand on est dans l’Ecole, on laisse un peu le souci à la porte.

 

VENEZ NOUS RENCONTRER ET VOIR COMMENT DANS CETTE ÉCOLE ON RÉFLÉCHIT ENSEMBLE :

ON CHERCHE TOUT CE QUI MANQUE POUR QUE LA VIE PUISSE DEVENIR MEILLEURE ICI POUR TOUS.

L’ÉCOLE DES ACTES TI RANA LI

« ASSEMBLÉE PUBLIQUE » À AUBERVILLIERS

SAMEDI 1ER DÉCEMBRE 2018 À 15 HEURES

SALLE DES QUATRE CHEMINS – 41 RUE LÉCUYER

MÉTRO LIGNE 7 – AUBERVILLIERS PANTIN QUATRE CHEMINS

 

Séré bé gana li tarou foné ado séré bé agan n’tatou a wa wala que i wa fo tonou ibé sou kama.

Kali ona tarou domé ona massalà jamané ké ribalé ossou na simé domé na ké djamané lignondi a sou da.

L’écoli ké salarou wayi. L’écoli ké ni o « ambassade ».

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ÉCOLE DES ACTES BAWELÉ KANA AKA CHIENIFOLO

« ASSEMBLÉE PUBLIQUE » À AUBERVILLIERS

SAMEDI 1ER DÉCEMBRE 2018 À 15 HEURES

SALLE DES QUATRE CHEMINS – 41 RUE LÉCUYER

MÉTRO LIGNE 7 – AUBERVILLIERS PANTIN QUATRE CHEMINS

 

Môgô mi bena sigui wagati dola atôgnôgô kèrefè atiguila môgô bénalon kô an kaka ka lôni gnini nôgôfê.

Ayé gbêrê anan kana flè tchogoya mina anbé barakê nôgô fê Ecole so la.

Anbé fénhgnini fémi bé anbê djéna pour ke ana vie bé taga gnôgô gne,

Car Ecole so bé anbè djigui léyé môgô ya beyan.

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من يأتي ويجلس بعض من الوقت إلى جانب شخص لا يعرفه يكتشف أنه  يتعلم أشياء من الآخرين. تعالو لتتعرفو، وترو كيف تسير هذه المدرسة،وكيف نفكر معا فيما يخصها وما ينقصها ،لكي نجعل الحياة أفضل للجميع.هي دعوتنا لكم من أعماق القلب .شكرا

AUBERVILLIERS :

ASSEMBLÉE PUBLIQUE DU 1ER DÉCEMBRE 2018

Invitation dans quatre foyers d’Aubervilliers et de la région de la jeunesse nouvellement arrivée autour de la proposition suivante :

« CELUI QUI VIENT S’ASSEOIR UN MOMENT À COTÉ DE CELUI QU’IL NE CONNAIT PAS, IL VA DÉCOUVRIR QUE CHACUN A DES CHOSES À APPRENDRE DE L’AUTRE.»

« VENEZ NOUS RENCONTRER ET VOIR COMMENT DANS CETTE ÉCOLE ON RÉFLÉCHIT ENSEMBLE : ON CHERCHE TOUT CE QUI MANQUE POUR QUE LA VIE PUISSE DEVENIR MEILLEURE ICI POUR TOUS ».

Des dizaines de jeunes gens des foyers sont spontanément venus à cette Assemblée, qui a conclu à la nécessité de travailler à la rencontre entre la jeunesse venue de lointains pays qui arrive en France, et la jeunesse née ici dans les quartiers populaires. D’un côté, les jeunes qui arrivent se retrouvent démunis de tout, et singulièrement de tout droit véritable, ils n’ont pour eux que leur courage et leur volonté de trouver un chemin pour continuer à construire leur vie. De l’autre, les jeunes nés ici, aux prises depuis leur enfance avec ce qu’il y a de pire à leur égard, notamment l’école et la police, sont largement découragés, peinent à trouver un travail, et à le garder quand ils le trouvent.

Cette assemblée est soulevée par le courage qu’exprime la déclaration diffusée sur le web d’un jeune arrivant mineur : « Nous sommes des mineurs, on réclame notre droit encore. On a droit de vivre tranquilles. On veut vivre tranquillement.

On veut tous aller à l’école, on veut tous avoir une formation pour ne pas être un délinquant demain. Si nous ne sommes pas formés aujourd’hui, demain, pour vivre, on est obligé d’être un délinquant. Et après, on va mourir dans les prisons, chez nous, ici. C’est pas bien, ça !

Il faut que vous nous aidiez pour que nous soyons formés aujourd’hui. Pour un futur. On est tous des personnes qui ont une vraie expérience dans sa tête ici. On a traversé des choses qui sont terribles sur la route pour venir ici. Quand on est venus ici, on nous accueille pas pour nous donner la liberté. C’est pour nous accueillir dans la peur. Chaque jour on est obligés de vivre dans la peur ici : c’est illégal. C’est pas nous qui sommes illégal, ce sont les lois opposées sur nous qui sont illégales. »

Assemblée publique du 9 novembre 2018 au Palais de Tokyo
Grande discussion sur la question du logement.

PALAIS DE TOKYO :

RESTITUTION DU 9 NOVEMBRE 2018

Grande discussion publique sur la question du logement :

La principale piste nouvelle ouverte est l’idée d’organiser un système de rencontre entre ceux et celles qui ont un besoin urgent de logement mais ne peuvent en obtenir un dans les conditions existant sur ce marché (à cause de l’absence de travail stable et donc de revenus fixes, mais souvent aussi à cause de la seule absence d’un titre de séjour – dossier d’asile en cours etc.) et ceux et celles qui ont un logement disponible à louer et pour qui l’objectif n’est pas de faire de l’argent à tout prix.

Ce type de dispositif existe déjà, pour les étudiants désargentés qui peuvent vivre à peu de frais chez des personnes âgées, en échange de petits services rendus et d’une présence rassurante. Mettre cela en place serait une alternative véritable au système actuel, dans lequel prospèrent les « marchands de sommeil » qui louent des taudis à des prix exorbitants, et où le logement social n’est pas accessible à tous. Ce dispositif nouveau devrait fonctionner à partir d’une charte fixant et contrôlant les engagements réciproques du loueur et du locataire.

L’autre orientation publiquement ouverte a été celle d’une nécessaire campagne sur le bien fondé de l’existence des « squats populaires » : dès lors que l’Etat est incapable de répondre à ses obligations en matière de logement pour tous, la moindre des choses est de laisser les gens qui sont à la rue trouver un toit où s’abriter. Plutôt que de laisser les absurdes expulsions suivre leur cours, il devrait être possible d’ouvrir la voie à des négociations argumentées avec les propriétaires sur l’occupation temporaire des locaux. Reconnaître l’existence de squats collectifs, à l’organisation interne solide, aurait des conséquences positives pour tout le monde : pour leurs habitants, mais aussi pour les propriétaires ainsi que pour les pouvoirs publics.

LABORATOIRES ET ATELIERS

Laboratoire pour des Acteurs Nouveaux
« Le théâtre, ça donne la connaissance de la vie, ça aide à chercher de bonnes idées. Un laboratoire, c’est l’endroit où on soigne le théâtre et les idées. »

Le Laboratoire pour des Acteurs Nouveaux est une permanence d’atelier de théâtre ouverte 4 soirs par semaine. Il est animé par les artistes associés de notre théâtre et d’autres qui nous sont proches et qui donnent de leur temps pour que cette expérience gratuite ait lieu toute l’année.

Son mot d’ordre est : ceux qui ne connaissaient pas le théâtre, ces acteurs nouveaux, peuvent aider les artistes à le penser et à le faire autrement.

Chaque semaine, une question est adressée au théâtre. En mettant cette question en pratique, artistes et jeunes amateurs d’Aubervilliers travaillent de nouvelles manières de faire, afin de trouver une vitalité plus haute pour tous. Car les amateurs posent une haute idée du théâtre, le requièrent avec l’exigence d’agir le monde, et elle fait du bien à tous.

Laboratoire-atelier populaire d’architecture
L’idée de l’atelier populaire d’architecture de l’école des Actes a donné lieu a un premier texte rédigé et discuté en juin 2018 : « Pour un atelier populaire d’architecture à l’Ecole des Actes ». Les principes de l’atelier ont été présentés en assemblée en novembre 2018. L’atelier a commencé son activité en décembre 2018 autour des questions posées par l’aménagement du collectif Schaeffer dans le hangar de la Courneuve.

L’atelier est une alliance entre des architectes et des habitants dans l’hypothèse d’un « travail dans une égalité construite de la pensée. » Cette alliance cherche les voies d’une nouvelle façon de travailler pour penser, concevoir et réaliser l’architecture ensemble et sans intermédiaire. Elle travaille à partir de la méthode de l’Ecole des Actes, méthode éprouvée qui part de la parole des gens. À la différence de la méthode sociologique, cette méthode part de la parole des gens mais y arrive également. Les textes qui sont produits, sont rédigés dans cette belle langue hybride née de la rencontre entre une écriture intellectuelle et une parole populaire écoutée et retranscrite « à la lettre ». Ils sont écrits pour être diffusés et discutés par tous, chacun avec ses mots.

PRODUCTIONS ET PRESSE

Retrouvez les différents articles parus concernant l’Ecole des Actes ou autres documents : présentation des pièces de théâtre à l’initiative du théâtre de la commune ou du laboratoire des acteurs nouveaux, émissions radio et télé, etc.

L’Ecole des Actes au Palais de Tokyo
– Alain Badiou, novembre 2018 –
La venue de l’Ecole des Actes au palais de Tokyo, le vendredi 9 novembre, m’a paru prendre le tour d’un événement pour les raisons suivantes. C’était une rencontre entre des représentants anonymes du public de l’établissement et une forte délégation de l’Ecole des Actes. Or, cette délégation représentait en un sens ce qu’on peut appeler le prolétariat nomade du monde entier […]

L’Ecole des Actes au Palais de Tokyo
Alain Badiou

La venue de l’Ecole des Actes au palais de Tokyo, le vendredi 9 novembre, m’a paru prendre le tour d’un événement pour les raisons suivantes :

1. C’était une rencontre entre des représentants anonymes du public de l’établissement et une forte délégation de l’Ecole des Actes. Or, cette délégation représentait en un sens ce qu’on peut appeler le prolétariat nomade du monde entier : des gens, hommes, femmes, enfants, venus d’Afrique de l’Ouest, (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée…), d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc…), d’Afrique de l’Est (Egypte, Erythrée…) ou aussi bien d’Asie (Bengladesh…) ou encore d’autres provenances. Des gens dont l’existence est une aventure risquée, une poursuite endurante de la possibilité de vivre. Des gens en général ignorés, et bien souvent calomniés, alors qu’ils sont – la rencontre le prouvait – le mouvement même, et l’intelligence vitale, de tous les pays qu’ils traversent ou dans lesquels ils parviennent à travailler, à se loger, à vivre, enfin ! Que dans un lieu parisien glorieux, on puisse voir un pareil rassemblement, en entendre les subtiles pensées, leur poser des questions, voilà qui fait exception à la triste, à l’inquiétante situation, objective et subjective, de notre vieux pays impérial déclinant, fatigué, et tenté par le pire, à savoir le vieux, le misérable repli nationaliste, raciste et « occidental ».

2. On vante chez nous à tout bout de champ la « démocratie », ramenée en général aux pauvres rituels électoraux et à la « liberté » d’une opinion dont tous les organes qui prétendent la transmettre appartiennent à une maigre caste de propriétaires de capitaux. Les discussions dans l’Ecole des Actes peuvent nous apprendre ce que c’est qu’une vraie démocratie en acte : un patient prologue collectif, travaillant à partir de propositions sur un sujet déterminé, traverse les objections, les nuances, les approbations, de façon à ce qu’en résulte une décision souvent imprévisible au départ. Ce fut merveille de voir comment cheminaient, à propos du terrible problème du logement pour tous ceux qui arrivent, les idées, les controverses, les apartés, les biais, pour en venir à des propositions d’avant-garde sur ce que doit être un squat discipliné, ou un habitat à la fois simple, voire « pauvre », mais réel et commode. Merveille aussi de voir que prenaient la parole sur le même pied des ouvriers du monde et des architectes venus à la rescousse.

3. Mais le sentiment dominant qui me gagnait était que le détachement installé sur les gradins d’une salle du palais de Tokyo n’était rien moins que le représentant qualifié de l’humanité. Le mot fut maintes fois prononcé, directement ou sous la forme du « tous ensemble » de l’Ecole des Actes, la joie racontée du dialogue difficile entre les langues et les provenances, dialogue au service de l’humanité toute entière, sous une loi égalitaire constamment revendiquée. Même les traductions improvisées, de l’anglais au bambara, du français à l’arabe, du bambara au français, et d’autres encore, ne ralentissaient la cadence du dialogue que pour mieux l’enfoncer dans son statut : représenter, ici et maintenant, l’humanité comme telle. Oui, là, dans ce recoin fameux de Paris, l’humanité avait amené une délégation d’elle-même, qui se nommait légitimement « Ecole des Actes », à savoir : l’apprentissage collectif des discussions, des décisions et des actes qui permettent de dire à la fin qu’ici et maintenant, l’humanité prouve qu’elle peut exister au-delà de toutes ses divisions, morcellements, couleurs, nations, religion. Et qu’elle le peut sans rien abolir de tout cela, mais en illuminant qu’au-delà de ces singularités, de ces provenances, il y a ce qui, pour la vie de tous discutée ensemble, représente un bien commun qui doit devenir à la fois réel, actif, partagé et inaliénable.

Ecole des Actes, tenir parole
– Coline Merlo, L’insatiable, février 2019 –
L’Ecole des Actes, c’est à la lumière des paroles d’Adam que je la lis. Adam a 36 ans, une révolte qui se montre dans sa ténacité à faire des heures de trajet dans tout Paris pour traduire à ceux « qui ne connaissent rien, ne sont pas allés à l’école » les soupçonneux questionnaires qui les somment d’expliquer leur présence sur le sol français. […]

FICHES PRATIQUES

L’Ecole s’attache à élaborer avec les participants des fiches concernant les démarches quotidiennes et administratives écrites du point de l’expérience des gens. Ni textes de lois, ni modes d’emploi administratifs, mais des textes qui se déploient dans l’ordre des problèmes rencontrés par les gens qui viennent d’arriver en France.

À VENIR

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