Pièce inclassable hantée par la question de l’injustice, divine comme terrestre, Mesure pour mesure tient à la fois de la comédie cruelle et de la dystopie politique. Dans son adaptation, Lucile Lacaze utilise l’univers du jeu pour porter sa vision féministe de l’histoire. Le pourpoint de la Renaissance se rapproche de la tenue d’escrime et la scène se transforme en terrain de sport.
Quatre interprètes incarnent une dizaine de personnages, tous éprouvés par une intrigue où se mêlent répression religieuse, chantage sexuel et hypocrisie du pouvoir. C’est Shakespeare comme rarement on le perçoit : comme un thriller. Dans sa version de la comédie shakespearienne, Lucile Lacaze s’appuie sur les ressorts comiques de l’intrigue, pourtant sombre, pour dénoncer les rapports de classe et les systèmes de domination. L’histoire est cruellement injuste.
Un despote – Angelo – impose à son État un ordre très moral, condamnant à mort Claudio, un jeune noble, pour avoir eu des relations sexuelles avant son mariage. Isabella, sa sœur retirée au couvent, plaide sa cause devant le régent qui en tombe fou amoureux et exige sa virginité contre la vie de son frère. Pour porter l’histoire de cette héroïne que devient Isabella, Lucile Lacaze reprend les principes du théâtre élisabéthain : le hors champs et la circulation, en transformant l’espace scénique en terrain de jeu, fait de marquages au sol et porté par un rythme soutenu des actions.