SPECTACLE | création

Je voudrais vous parler du théâtre quand il se soulève vers lui-même
(titre provisoire ; spectacle en cours)

de Marie-José Malis

avec Pascal Batigne, Juan Antonio Crespillo, Sylvia Etcheto, Olivier Horeau (distribution en cours)

du 2 au 17 février 2022

MAR 8 À 14H30, MAR 15, MER, JEU À 19H30, VEN À 20H30, SAM À 18H, DIM À 16H

GRANDE SALLE

Ces derniers temps, je me suis beaucoup demandé ce que le théâtre devait raconter. Ma réponse à cette question a toujours été la même au fond : qu’il raconte ce que le théâtre fait. Non pas par un repli sur la question esthétique, mais parce que ce que le théâtre peut, cela concerne nos existences. Et je me disais que si on le voyait frayer le chemin de son intensité sous nos yeux, par le jeu singulier des acteurs, par la scène mise en crise dans sa lumière, dans son rapport au public, alors nous saisirions ce qui de nos existences est en excès et ne trouve pas à être compris dans la vision neutralisée que nous en donne le monde. Je voulais que le théâtre soit le lieu irremplaçable où se forge à jamais l’expérience d’une existence non neutralisée, incorruptible dans sa demande, où l’exception fait vérité. Maintenant, plus que jamais, je souhaiterais faire un spectacle qui revienne aux intensités non consommables du théâtre et je voudrais raconter le passage entre les corps et les intensités de la vie habituelle et ceux de la scène. Je crois, peut-être l’ai-je inventé, que les Russes des géniales années 20 employaient ce mot : le théâtralisme. Voilà, un théâtre qui se soulevait vers le théâtral parce que la vie était devenue une énigme et une invention obscure qui demandaient une scène où en délivrer les éclaircies existentielles attendues. Et moi aussi, je crois que nous en sommes là. Tout dans notre vie se bouleverse, des relations de l’homme à son identité, à la nature, à la mort, au sexe, au travail, à la possibilité même de trouver un lieu sur la terre où subsister etc. Et certains de nous y souffrent violemment d’être jetés dans une mer symbolique et réelle incompréhensible. Pour la première fois de ma vie, je ne sais pas ce que je vais « monter » comme spectacle. Quel texte, quel concept. Et je le prends comme une nouvelle littérale : il n’y a sans doute pas d’autre voie pour moi aujourd’hui que de vouloir plonger dans l’énigme, qu’aucun texte ne résorbe, qu’aucun concept ne contrôle. Comme l’existence de nous tous, redevenue énigme sans qu’on nous en donne la grâce ou l’invitation à en faire quelque chose. Mais au théâtre, on en fait quelque chose : il y a là les énigmes dont les hommes ont besoin pour devenir amis et acteurs de la clameur de leur vie. Dans mon spectacle, je tiendrai par cette idée : le théâtralisme, l’invitation à regarder le transport qui va de la vie coutumière à la vie différente du théâtre, et dans ce transport, l’apparition des intensité fantomatiques de nos vies, celles qui n’ont pas reçu hospitalité, toutes ces contradictions qui n’ont pas trouvé justice ; et la joie et la fureur et la paix inconnue des nouvelles places et harmonisations. Il y a un cœur du théâtre qui prononce qu’il n’est pas corrompu, on le trouve dans les histrions, dans les masques et dans les folies symbolistes de tous les théâtres du monde. Par son enfance, par son peu de poids, par son factice, le théâtre est irrattrapable, il est incorruptible. On l’oublie souvent. Mais il faut que cela nous saute aux yeux. Car nous avons besoin d’incorruptible et nous avons aussi besoin maintenant de voir à l’œuvre des passages vers d’autres scènes où l’humanité célèbre sa définition toujours précaire et surgissante dans l’énigme.
Marie-José Malis, juillet 2021

de Marie-José Malis
avec Pascal Batigne, Juan Antonio Crespillo, Sylvia Etcheto, Olivier Horeau (distribution en cours)

lumières et scénographie Jessy Ducatillon
création son Patrick Jammes

production La Commune CDN d’Aubervilliers

→ le dimanche 6 février, une garderie pour les enfants sera proposée pendant le spectacle (+ d’infos)

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